Le long chemin vers l’exit : retour sur l’intervention de Pierre Machiel

Mardi, à l'occasion du dernier événement du quadrimestre, et de l'année académique, du Student Entrepreneurs Club Solvay, Pierre Machiels de Belfius est venu partager une vision très concrète de la cession d'entreprise, de la reprise et de la transmission familiale. Son intervention nous a permis de mieux comprendre qu'une sortie d'entreprise est rarement un simple acte de vente : c'est un processus long, sensible, stratégique et souvent chargé d'émotion.
Dans un contexte où de nombreux entrepreneurs approchent de l'âge de la retraite, le marché de la transmission prend une importance croissante, d'autant plus que beaucoup d'entreprises familiales devront bientôt changer de mains. Cette réalité rend les sujets de reprise d'entreprise, de valorisation, de financement et de succession particulièrement actuels pour les étudiants, les jeunes entrepreneurs et les futurs repreneurs.

Le public assistant à la conférence de Pierre Machiels // Crédits : Philippe Morozov

Un marché en mouvement

L'un des premiers enseignements de la présentation est que le marché est actuellement poussé par un phénomène générationnel : les baby-boomers arrivent progressivement à la retraite, ce qui augmente le nombre d'entreprises susceptibles d'être transmises ou vendues. Cette dynamique crée des opportunités, mais aussi des risques, en particulier pour les entreprises familiales. Dans ces structures, la dimension émotionnelle est souvent très forte : les actionnaires ou les fondateurs sont profondément attachés à leur société, ce qui peut compliquer les discussions autour de la succession. Il ne s'agit pas seulement d'un enjeu financier, mais aussi d'un enjeu humain, patrimonial et parfois identitaire. Pierre Machiels a bien insisté sur le fait que la transmission est souvent sous-estimée dans sa complexité, alors qu'elle demande du temps, de la préparation et un vrai travail d'anticipation.

La question de la valorisation d'entreprise a ensuite occupé une place centrale. Le message principal était simple mais essentiel : la valeur n'est pas égale au prix. Une entreprise peut avoir une valeur théorique calculée sur base de sa rentabilité, par exemple via un multiple d'EBITDA, mais le prix final dépendra aussi du regard de l'acheteur, des synergies attendues, du risque perçu et de l'émotion du vendeur. Le vendeur regarde naturellement vers le passé, en valorisant ce qu'il a construit, tandis que l'acheteur projette plutôt l'avenir et ce qu'il pourra améliorer. C'est précisément cette différence de perception qui rend les négociations souvent longues et délicates, et qui explique pourquoi certaines transactions s'arrêtent net à un stade très avancé, parfois alors même que l'argent et les contrats sont prêts.

Différence entre Valorisation et Prix d'accord // Crédits : Belfius

Structurer le financement et éviter les pièges

Sur le plan du financement, la présentation a mis en évidence les mécanismes classiques d'une reprise. En général, l'acquéreur crée une nouvelle société, souvent appelée NewCo, qui sert de véhicule pour reprendre l'entreprise cible. Cette structure est financée par des fonds propres, un crédit bancaire et parfois d'autres instruments comme le vendor loan ou les quasi-fonds propres. L'Owner Buy Out, ou OBO, a également été évoqué comme solution permettant à un dirigeant de céder tout en réinvestissant dans l'opération. Ce type de montage montre bien que la vente d'une entreprise ne signifie pas nécessairement une coupure totale, mais peut aussi être une manière de transmettre progressivement tout en continuant à participer à la croissance future.

Pierre Machiels a ensuite listé plusieurs pièges dans lesquels le cédant peut tomber. L'un des plus importants est de vouloir trop tardivement reconnaître que le moment est venu de vendre. Beaucoup de dirigeants ont tendance à repousser la décision, soit par attachement à leur société, soit par peur de perdre le contrôle. Pourtant, vendre avant l'apogée peut parfois être une stratégie plus intelligente, car cela laisse à l'acheteur une marge de progression et renforce ainsi l'attractivité du dossier. À l'inverse, attendre trop longtemps peut affaiblir la société, notamment si la structure dépend trop fortement d'une seule personne. D'où l'importance de responsabiliser les membres de l'entreprise, de répartir les compétences et d'assurer une pyramide des âges équilibrée, pour éviter qu'un départ unique ne mette toute l'organisation en péril.

Pyramide des âges de la Wallonie (en chiffres relatifs ou tranches d’âge exprimées en part de population) (2025 et 2081) // Crédits : Statbel


La confidentialité a également été présentée comme un point critique. Dans beaucoup de cas, les gérants n'aiment pas que le marché sache à l'avance qu'ils envisagent de céder leurs parts, car cela peut être interprété comme un aveu de faiblesse, voire comme un signal négatif sur la santé de l'entreprise. C'est pourquoi la préparation se veut souvent discrète.

Pourtant, tout cela représente un biais. En réalité, les raisons motivant une cession d'entreprise sont multiples et, bien souvent, justifiée autrement que par une mauvaise situation d'entreprise.


Un autre biais encore : Croire que l'on peut gérer tout seul une telle démarche. C'est une grande erreur ! Intermédiaires en transmission, avocats, fiduciaires, conseillers fiscaux et banquiers spécialisés jouent tous un rôle essentiel dans la réussite d'une transaction, et des subventions peuvent même parfois aider à financer une partie de ces services. Sur le plan fiscal, beaucoup de dirigeants belges cherchent à accumuler du cash dans la société pour augmenter le prix de vente, mais l'administration fiscale peut parfois requalifier une partie de ce cash et l'imposer davantage. Il faut également rappeler que derrière chaque opération de crédit, ce sont des analystes humains qui prennent la décision finale, pas une IA : chaque dossier est singulier, et la qualité de l'argumentation fait toute la différence.

Ce que cette conférence nous a appris

Dans l'ensemble, la présentation de Pierre Machiels a montré que vendre ou reprendre une entreprise demande bien plus que des compétences financières. Il faut savoir préparer le terrain, comprendre les enjeux émotionnels, organiser la succession, sécuriser le financement et convaincre un acheteur du potentiel latent de la société. C'est aussi une excellente leçon pour tous ceux qui s'intéressent à l'investissement, à la finance d'entreprise, et plus largement à l'entrepreneuriat sous toutes ses formes. Le parallèle avec des compétences plus commerciales est d'ailleurs saisissant : qu'il s'agisse de vendre une entreprise, de trouver un stage, de prospecter via cold calling ou cold emailing, il faut dans tous les cas savoir structurer son discours, mettre en avant la bonne valeur et créer une relation de confiance avec son interlocuteur.

Pierre Machiels développant son expérience autour de l'exit // Philippe Morozov

Une conclusion réjouissante

Comme toujours au SEC, l'événement s'est conclu autour de réjouissances gustatives. Lors de cette magnifique soirée, notre pôle logistique s'est démené pour offire un catering d'exception autour duquel les participants ont pu relationner. Des confiseries, des mets d'exception issus d'un traiteur grec et des boissons à ne plus en finir. La soirée restera, sans aucun doute, mémorable

catering d'exception // Crédits : Philippe Morozov
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Questions fréquentes

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Le Student Entrepreneurs Club, ou SEC, est un club étudiant bruxellois fondé à Solvay et dédié à l’initiative, à l’action et au partage. À travers nos conférences, nos ateliers et nos événements, nous formons, inspirons et connectons les étudiants désireux d’entreprendre. Rejoindre le SEC, c’est plonger dans un environnement bienveillant où chaque idée compte, le tout dans une ambiance conviviale (et souvent accompagnée d’une Duvel bien fraîche).

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